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13.05.2008

Pas tout à fait revenue…

 

Une semaine est passée, une semaine que j’ai trouvée extrêmement longue. Quand on a ses habitudes, ses repères, une semaine ça passe vite, je le sais bien, mais quand on se sent démunie, perdue, seule même entourée, pas à sa place, une semaine peut durer une éternité. Se lever tôt, se coucher tôt, faire des siestes, lire un peu, voir la famille un peu, manger beaucoup, observer la mer, voilà en quoi à consister ma semaine. Retrouver une partie de ses racines, on n’en revient jamais totalement. Il me faut du temps pour me remettre de ses voyages, et plus je vieillis, plus l’écart se creuse entre eux et moi. Eux c’est plutôt elles, mes cousines, celles avec qui j’ai partagé mes 2 mois de vacances scolaires pendant des années, celles avec qui je jouais, celles dont je me sentais proches, presque semblables. La vie de beaucoup d’enfants et d’adolescents se ressemblent.

C’est quand on entre dans l’âge adulte que les différences se font sentir. Elles sont toutes mariées avec enfants (plus 20kg au passage), femmes aux foyers bien entendu, je dis bien entendu car l’exception est de trouver une femme qui travaille. Et nous ne sommes qu’à deux heures d’avion. Les mentalités et les vies ont du mal à évoluer.  Je n’ai plus rien à partager avec elles, je ne peux pas leur raconter ma vie, elles en sont à mille lieux, je travaille, j’ai mon propre appartement, ma propre voiture, je sors, je bois, j’ai des relations sexuelles sans être mariée, tellement loin de leur quotidien, tellement loin. Le plus dure je crois c’est la bouffée ou plutôt la grande claque de nostalgie que je me prends quand j’y retourne. Je me rends compte que mes meilleurs souvenirs d’enfance et d'adolescence sont mes vacances en famille, dans ses terres berbères. C’est dans ces moments que j’étais le plus proche de ma sœur, de mon frère. Ma mère, même étant d’une culture différente y était parfaitement intégrée. Depuis mes 18 ans, j’y retourne bien moins souvent, oui car j’ai découvert que l’on pouvait passer d’excellentes vacances ailleurs. Et nous y sommes rarement retournés tous les 5 ensembles. Depuis on s’y croise, depuis mes parents se sont séparés, et cela ne sera plus jamais pareil, plus jamais je ne verrai ma mère dans notre maison de vacances, idiot ou pas, j’ai du mal à m’y faire.

La séparation date de 5 ans, je m’y suis bien accoutumée, je l’avais même souvent souhaité. Vaut mieux voir ses parents heureux séparés que malheureux ensemble ! Telle est ma devise. Mais je reste nostalgique de ce temps là, de ce temps que l’on ne retrouvera pas. Et je ne ressens cette mélancolie que quand j’y retourne, j’ai donc décidé de ne plus y retourner sans mon frère ou ma sœur, ça me fait trop mal d’y aller seule. En France, chez moi, la séparation est parfaitement acceptée, chacun a refait sa vie, et je suis heureuse pour eux. En France, je reprends ma place d’adulte. Là-bas je reste une enfant, je demande même l’autorisation à mon père de sortir… toujours ce décalage. Ce père, qui en France, n’est rien de moins qu’un immigré quelconque, et qui se retrouve là bas avec un statut, dans sa belle maison et sa belle voiture, celui dont le frigo est toujours rempli et qui le fait partager, celui que tout le monde craint et respecte. Il existe, il est quelqu’un, entouré. Pourtant parti de rien. Je lui confie ce rôle de patriarche qu’il a perdu depuis longtemps, je sens qu’il en est ravi, j’accepte donc, je lui accorde ce plaisir, le plaisir de décider ce que j’ai le droit de faire, ou j’ai le droit d’aller, ce droit qu’il a perdu depuis longtemps. J’aime mon père mais on ne s’est jamais compris, j’espère qu’on y arrivera un jour. Je le vois vieillir, j’espère qu’on sera en paix un jour, avant qu’il ne soit trop tard, mais il va falloir que chacun fasse un effort, il va falloir qu’il laisse un peu sa fierté à la porte, et sans doute que je fasse de même…trop de rancœurs.